32e Festival international de jazz de Montréal – Un grand monsieur: André Leroux

par Serge Truffaut
Publié le 2 Juillet 2011 sur LeDevoir.com

André Leroux a un son. À ce constat, quelqu’un va certainement rétorquer: «Normal! C’est un saxophoniste ténor.» Ouais… sauf que lui a un son que les autres n’ont pas. Il a un style, Leroux. Il n’est pas un saxophoniste d’emprunt, l’homme né en Saskatchewan il y a de cela quatre lunes indiennes. Il se distingue, le gentilhomme qui se produira ce soir au Upstairs en quartet.

On recommence et on précise. André Leroux a un son qui se singularise par sa puissance et sa densité. Il a un style qui se caractérise par sa vélocité et l’abondance des idées. On est sceptique? On cultive le doute? Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter son album intitulé Corpus Callosum sur étiquette Effendi, ainsi que celui que François Bourassa vient tout juste de publier également sur Effendi. Son titre: Idiosyncrasie. Les deux sont captivants, très convaincants.

Ce soir donc, il sera au Upstairs qui cette année a élaboré un programme aussi admirable qu’équilibré. Un programme jazz donc sans variétés, sans techno, sans has been. Bon. Au club de la rue Mackay, Leroux sera accompagné de Bourassa au piano, Guy Boisvert à la contrebasse et du New-Yorkais Ari Hoenig à la batterie. Ils joueront ensemble pour la deuxième fois.

Hoenig, il faut le souligner, est un musicien emblématique de ce jazz aventureux, moderne, de ce jazz qui saisit parce qu’il surprend. Il est un des piliers de ce courant dont le club Small’s et l’étiquette du même nom se sont fait les promoteurs. On vous conseille d’ailleurs de fouiner sur le site du club, des douzaines et des douzaines de shows enregistrés sont disponibles. Dans le cas de Hoenig, on vous conseille même l’achat de son album intitulé Punkbop. Ça décape les neurones.

«Ari a une grande qualité, de confier Leroux. Il est un excellent lecteur. Par courriel, il m’envoie ses partitions et moi également. On prépare le programme ainsi. Puis le jour du show, nous aurons une répétition dans l’après-midi.» Il est fort probable que le programme sera fait pour une bonne part des compositions du saxophoniste, du batteur, mais aussi du pianiste.

Cela étant, il y a la très bonne nouvelle. «Mon groupe a atteint une telle maturité que j’espère sortir un live d’ici l’été prochain.» Au piano, il est possible que ce soit Bourassa comme il est possible que ce soit Normand Devault, l’excellent Devault qui joue aussi dans l’orchestre du contrebassiste Normand Guilbeault.

Ce soir comme sur son prochain disque, on aura l’occasion d’entendre ce souffle, ces notes sculptées qui ne sont pas sans rappeler celles de John Coltrane, qui est auditivement causant et non visiblement une de ses passions musicales avec Sonny Rollins. Ce qu’on aime chez Leroux, c’est aussi ce qu’on aime chez Coltrane et Rollins. Il a une soif, un appétit énorme pour le chapelet de notes. Il a cette intensité qu’avait Rollins à l’époque d’East Broadway Rundown ou de Freedom Now. Il a un sens de la ponctuation proprement sidérant. En tout cas, une chose est certaine: Leroux ne laisse personne indifférent. Un grand monsieur!

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